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jeudi 25 avril 2013

Bahamas, Exumas: 1-12 avril

En fredonnant en boucle, et le sourire aux lèvres, le refrain redoutablement efficace entendu pendant la messe de Pâques ("I command my soul to bless the Lord, I command my sou-ou-oul to bless the Lord..."), nous quittons Little Farmers Cay pour Black Point - à une dizaine de petits milles vers le nord. Ici encore, nous sommes surpris par l'aspect très modeste et peu développé de l'endroit, qui se targue pourtant d'être le deuxième settlement des Exumas en taille après Georgetown.

Au fond, les Bahamas sont -jusqu'ici en tous cas- une excellente suprise. Contrairement aux mises en garde et avis mitigés recueillis auprès d'autres bateaux passés dans la région plus tôt dans la saison, nous sommes séduits par la beauté sauvage des mouillages aux eaux transparentes, le confort des petites navigations à l'intérieur de cet immense récif -dans lequel Panta Rhei se fraye sans trop de difficultés un chemin à la mesure de sa profonde quille-, l'authenticité des petits villages visités et la présence de quelques infrastructures (avitaillement, lessive - c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi...) parfaitement adaptées aux plaisanciers sans toutefois dénaturer le paysage. Et puis, les couples de retraités américains, même s'ils sont nombreux, ne sont pas des voisins de mouillage très encombrants...

A Black Point, nous nous attardons un peu pour ne pas rater le passage hebdomadaire (en principe...) du mailboat qui approvisionne la dizaine de magasins d'alimentation des Exumas. Lorsque nous voyons un catamaran jeter l'ancre non loin de nous, avec un pavillon français (cela faisait longtemps!) et des filières équipées de filets indiquant la présence d'enfants à bord (ça aussi!), nous avons tôt fait de sauter dans le dinghy et d'aller les saluer. En un rien de temps, ils nous racontent leur histoire et nous la nôtre, et la connection est immédiate; Alice et Eric ont tout récemment quitté Tahiti, où ils vivaient depuis 15 ans, pour entamer un long voyage sur SURICAT avec leurs deux filles, Coline et Eden (5 et 3 ans, soit à peu près exactement l'âge qu'avaient Luca et Vadim quand nous sommes partis...). Par leur intermédiaire, nous rencontrons Jim, un charmant navigateur solitaire sur son magnifique CARISMA ainsi qu'une irrésistible famille québecoise (Catherine et Yannick et leurs quatre (!) filles âgées de 2 à 6 ans (!!), Gabrielle, Myriam, Veronique et Eve), elle aussi fraîchement partie pour une aventure à durée indeterminée sur son voilier LHASA. Aaaah, la vision inoubliable de quatre tutus roses sautillant sur le pont de Panta Rhei... et de la tête mi-charmée, mi-affolée des garçons!

Jeudi 4 avril, après deux jours passés en compagnie de nos "nouveaux copains" (c'est comme ça les rencontres en bateau, souvent court mais intense...), nous devons nous quitter car nous continuons notre progression vers le nord tandis qu'ils descendent vers les Turks et Caicos. Nous mettons le cap sur Staniel Cay où nous serons à poste pour l'arrivée, quelques jours plus tard, de mon frère Laurent et de ses deux filles aînées, mes chères grandes nièces, Emma et Juliette.

Lundi 8, youpiiiee!!! Un an que nous ne nous étions plus vus... Quelle joie de les revoir et de les serrer dans nos bras - et quelle émotion de voir les filles si grandes et belles! Nous les cueillons à leur descente d'avion dans le minuscule aérodrome de Staniel Cay et les emmenons presque immédiatement nager dans l'impressionante Thunderball Grotto à côté de laquelle Panta Rhei est à l'ancre, avant d'aller observer une colonie de requins nourrices "habitant" sous les pontons de la marina: ils seront à bord pendant cinq petits jours, il s'agit d'en profiter...

Aussi, suivant un itinéraire soigneusement élaboré par Marc, nous verrons avec eux quelques-uns des endroits les plus beaux et/ou les plus étonnants des Exumas: les cochons nageurs de Big Major's Cay, la réserve naturelle de Warderick Wells (où, selon la tradition locale, nous déposons au sommet de BooBoo Hill une planche de bois marquée du nom du bateau et de son équipage, en souvenir de notre passage), ou encore l'iréelle beauté tropicale de Norman's Cay.

Vendredi 12, c'est déjà leur dernier jour... et c'est aussi l'anniversaire de Laurent, que nous fêtons modestement, mais très joyeusement, avec les moyens du bord. Une fois les bougies soufflées, nous nous mettons en route pour parcourir les 40 milles qui séparent Norman's Cay de Nassau, d'où ils partiront le lendemain matin.

Ce fut si bref - mais si bon! Enthousiastes et heureux de tout, aidants et curieux, et formidablement à leur aise dans le confort relatif du bord, leur visite nous a tous les quatre ravis. Nous avons adoré pouvoir partager avec eux un peu de notre quotidien sur Panta Rhei... Les quatre cousins ont cousiné intensivement, et nous avons tous savouré ce précieux petit morceau de vie ensemble...


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dimanche 31 mars 2013

Bahamas: Long Island (13 - 17 mars) et Exumas (14 - 31 mars)

En un peu moins de 24 heures, nous parcourons 150 milles nautiques depuis Puerto Vita, Cuba, à une allure de près serré raisonnablement confortable, sans autre incident que les pannes répétées du pilote automatique - le problème semble purement électronique et il accepte de se remettre en route quand on lui parle gentiment, mais il faudra regarder ça de près à notre arrivée dans les Bahamas...

Mercredi 13 mars, 8h30, nous sommes à quai dans la minuscule Flying Fish Marina de Clarence Town sur Long Island. L'endroit est modeste, les installation rudimentaires, mais après six semaines à Cuba la présence d'une connection wifi à bord est totalement réjouissante et le cheeseburger - coca du restaurant  particulièrement savoureux...

Après la quantité déraisonnable de milles nautiques avalés ce dernier mois (près de 900 d'après un rapide calcul mental), nous savourons pleinement un repos salvateur. Le temps est sombre et menaçant, mais nous entreprenons néanmoins de louer une voiture pour explorer l'île. Long Island - la bien nommée - est longue de 130 kilomètres et large de 6 kilomètres. Une seule route la traverse, du nord au sud (ou est-ce du sud au nord?), à peu près déserte à l'exception de quelques groupements de maisons encore appellés settlements en référence aux premiers colons Américains installés là à la fin du XVIIIème siècle. Le paysage est assez monotone et hormis l'excitation éprouvée en entrant dans un supermarché aux étagères fournies (cela faisait longtemps), la visite de l'île est assez décevante. Un site, cependant, nous a marqués pour longtemps: Dean's Blue Hole, le "trou bleu" le plus profond du monde (202 mètres) et régulièrement le théâtre de records de plongée en apnée. Après les cénotes des Mayas, encore un exemple de prodigieux effondrement sous-marin...

Deuxième et dernier arrêt sur Long Island, Calabash Bay à la plage et aux eaux sublimes, une invitation irrésistible à regonfler le kayak!

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Lundi 18, nous nous mettons en route pour Georgetown, sur l'île de Great Exuma. 25 milles seulement, et un gros thon blanc attrapé par un hameçon décidément très efficace! A partir d'ici, le reste des Exumas, minuscules pointillés sur les cartes, s'étend vers le nord ouest; Georgetown, lieu de rendez-vous classique pour "liveaboards" Américains venus passer l'hiver dans la douceur tropicale, est la 'ville' principale de l'archipel. Malgré cette réputation, nous trouvons le nombre de bateaux à l'ancre dans la baie assez raisonnable et l'endroit quasi trop calme! Pas que nous soyons affamés d'animation et de bruit, mais nous nous étions préparés à un folklore que l'on est presque déçus de ne pas trouver... Nous finissons par découvrir, juste en face de Georgetown, la plage de "Chat 'n Chill", agréable point de rencontre des plaisanciers échoués là pour toute la saison (peu de familles, surtout des retraités jeunes et bronzés - comme Chris vdH, camarade de kitesurf de Marc qui, en échange de multiples informations sur la région, accepte de se faire offrir un verre -puis deux, puis trois- dans le cockpit de Panta Rhei en nous abreuvant d'histoires, dont la plus amusante sans doute est celle de son improbable participation au festival Burning Man l'été dernier).

Ici, dimanche 24, Luca fête son septième anniversaire - le deuxième à bord de Panta Rhei - et, après un réveil sous une montagne de cadeaux, il passe une journée exactement comme il l'avait souhaité: natation, kayak, chocolat et hot-dogs... et surtout pas d'aller-retour à terre!! Pour achever de satisfaire ses modestes désirs, nous installons une "cabane" sous la table du carré qui leur servira, à son frère et à lui, de chambre pour la nuit... Il s'endort comblé.

Quelques jours encore passés aux alentours de Georgetown, tandis que la terrible nouvelle de l'hospitalisation en urgence de notre bon Fred nous parvient. Nous nous sentons bien loin et terriblement démunis, mais toutes nos pensées, aussi émues qu'affectueuses, vont vers Gwena, Lucien et lui. Heureusement, un réseau d'informations efficace et bienveillant se met rapidement en place entre ses amis (merci Géraud et Valère) et nous pouvons suivre, presque en temps réel, l'évolution plutôt encourageante de sa condition. Go, Fred!

Le 28, nous reprenons la mer et avançons un peu le long des Exumas pour nous arrêter d'abord à Lee Stocking Island (sublime mouillage qui, pour ne rien gâcher, se trouve être voisin de Leaf Cay, propriété privée de Nicholas Cage...) puis à Little Farmers Cay, où l'ordinateur de bord tombe soudainement mort. Après l'autopilote, le générateur, la table du cockpit et la mega-lampe torche (précieuse compagne des quarts de nuit)... serait-ce la fin d'un cycle?

Tandis que Marc est rivé à son ordinateur portable pour y installer des cartes nautiques et commander, au moyen de la connection internet du "Ocean's Cabin" (dont le propriétaire, Terry, est une figure emblématique de la région), des pièces dont il suspecte qu'elles sont à l'origine de la panne de l'ordinateur de bord, je réalise que nous sommes aujourd'hui le dimanche de Pâques et qu'il doit y avoir, dans l'église St Mary's toute proche, des célébrations à ne pas manquer. Et en effet, c'est une messe que Luca, Vadim et moi n'oublierons pas...


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jeudi 14 mars 2013

Cuba, côte sud: 30 janvier - 12 mars

Mercredi 30 janvier, Nonna est encore visible sur le quai au loin, et nous sommes déjà secoués par la houle... Nous savions que la traversée du canal du Yucatan -surtout dans le sens du retour vers Cuba- serait pénible à cause de la mer levée par le Gulf Stream. Mais nous n'imaginions pas ce qui nous attendait pour ces 36 heures de navigation vers l'est: malgré une météo plutôt favorable (30 noeuds de vent, quand même, mais orientés sud est), nous subissons tous -sauf Luca, qui fait preuve encore une fois d'une résistance à toute épreuve- la première journée avec grand peine, affaiblis par d'épouvantables nausées dans une mer totalement confuse. Seule consolation, celle de naviguer de concert avec Sandokan, un bateau hispano-chilien rencontré à la marina de Puerto Morelos au Mexique et skippé par le charmant Marcos: de temps en temps, nous nous appelons par VHF pour prendre des nouvelles les uns des autres. On se sent moins seul...

Les conditions, heureusement, s'apaisent un peu la nuit de sorte que les enfants, au moins, peuvent dormir plus ou moins normalement. Vers 17 heures, jeudi 31, nous arrivons au mouillage devant la marina a la Isla de la Juventud - quoique n'étant pas un port d'entrée dans le pays, les autorités s'y montrent conciliantes et tolèrent notre présence (inutile d'envisager, toutefois, de quitter le bateau et de  mettre un pied à terre) pour la nuit ainsi que la journée du lendemain afin de laisser passer le fort vent causé par le front de nord qui rendrait notre progression très difficile vers Cayo Largo où doivent être accomplies les formalités d'entrée. Il faut dire que, pour 6.000 km de côtes, Cuba compte sept (!) "marinas" en dehors desquelles il n'est pas question d'entrer ou de sortir du pays. Comme si cela ne compliquait pas assez les choses, les déplacements de mouillage en mouillage dans les eaux cubaines sont, eux aussi, très strictement surveillés: l'ancrage n'est pas autorisé partout - loin de là - et quand il est permis, il reste sujet à d'incontournables démarches (consistant parfois pour les "officiels" nous rendant visite à bord en un griffonnage, sur un coin de papier, des informations relatives au bateau et à son équipage - peu importe, du moment qu'il y a contrôle...).

24 heures de traversée, encore, pour rejoindre laborieusement Cayo Largo à l'est (nous serrons le plus possible le vent qui souffle presque face à nous, mais n'échappons pas à quelques bords qui rallongent la route). Samedi 2 février, double surprise à l'arrivée: l'eau est de plus en plus belle à mesure que nous approchons (nous finissons sur un mer turquoise et transparente, laissant voir les fonds de sable blanc éclatant...), et la famille Chavanon au grand complet nous accueille en nous escortant en dinghy jusqu'au ponton de la marina. Ces bons vieux Pingouin! Il s'agit de profiter au maximum de ces quelques jours à passer ensemble, car suite à un changement dans leur programme de navigation, nos routes vont se séparer lorsque, autour du 10, ils fileront vers le Mexique avant de descendre au Bélize et au Guatemala puis de remonter (peut-être...) vers la Floride, les Bermudes, puis l'Europe.

Nous sommes rejoints assez vite par Jérémy, sur son bateau Manao, et allons passer tous ensemble trois jours à jouer les Robinsons autour de Cayo Rosario, à 20 milles de Cayo Largo: pêche sur le récif, nage, construction de cabanes et ramassage de trésors divers sur la plage... Rires et chansons dans le cockpit le soir, et même un gâteau pour mon anniversaire, avec un brin d'avance!

Le 8, nous nous disons au revoir avec le coeur serré et la tête pleine de tous les souvenirs rassemblés en commun pendant 8 mois de navigation (presque) conjointe... Salut les copains, quelle belle et bonne rencontre ce fût. Qui sait où et quand nous nous reverrons... D'ici là, prenez soin de vous.

Trois jours plus tard, à Cayo Largo, nous accueillons très excités Ariane et Max arrivés bravement jusque là après un voyage de près de deux jours comprenant une courte nuit à La Havane. C'est leur troisième (!) visite à bord, les présentations ne sont donc plus à faire... Leur présence est d'emblée naturelle et les conversations, comme les jeux des enfants, reprennent comme si elles avaient été à peine  interrompues. Avec eux, nous passons quelques jours de mouillage en mouillage (dont un retour à Cayo Rosario) - pêche à la langouste, plage et collection de carcasses de crabes - avant de retourner à la marina de Cayo Largo d'où nous cherchons désespérément à découvrir un peu le reste de l'île. En vérité, il n'y a rien ici que quelques hôtels, tous propriétés de l'Etat et pratiquement identiques à quelques nuances près: taille et "style" architectural (façon colosses de béton défraîchis -ont-ils jamais été neufs?- avec ça et là un mur turquoise ou jaune, et/ou une fontaine -invariablement sèche- pour égayer un peu), formule all inclusive - tout, jusque dans la composition des buffets et les "divertissements" proposés (toujours un échiquier géant et un cours d'aquagym donné sans conviction par une jeune femme au généreux postérieur, ou un match de volleyball sur la plage - oups, il n'y a plus de filet) semble uniformisé. Aussi nous faisons, avec quelque appréhension mais finalement pas trop de scrupules, l'étrange expérience de passer deux journées presque complètes au bord de la piscine de l'hôtel Sol Cayo Largo, "comme si" nous y étions clients, à nager, boire et manger sans débourser un sou. Une formule gagnante pour tout le monde, quand on réalise que l'on peut par la même occasion se procurer directement auprès du responsable des cuisines, ravi de se mettre un billet en poche, quelques légumes frais si difficiles à trouver en l'absence totale de magasin d'alimentation sur l'île. Un avitaillement por la mano izquierda, à la cubaine...

La semaine a filé vite, et voilà déjà Ariane et Max repartis dans un coucou d'Air Gaviotta vers La Havane, d'où ils rentrent à Bruxelles... Du fond du coeur merci d'avoir bravé la distance, les nausées, le décalage horaire et le dépaysement total de la vie en mer pour venir, encore une fois, partager un morceau de l'aventure. Ta présence pendant ce voyage, Ariane, aura été une constante très précieuse...

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Mercredi 20 février, après avoir surmonté les incontournables démarches de sortie, nous quittons Cayo Largo et nous mettons doucement en route vers Cienfuegos, avec une halte en chemin pour la nuit à l'abri (relatif) derrière une caye perdue. On continue donc à avancer vers l'est, soit contre les vents dominants. Nous ne nous accordons que peu de temps pour visiter Cienfuegos: quelques flâneries dans les rues du centre historique, un tour en calèche, une tentative laborieuse de trouver du ravitaillement et, surtout, une visite dans une école ("El Guerillero Heroico") pour donner à d'irrésistibles enfants en uniforme (béret orné d'une étoile et portrait du Che accroché à la chemise...) les jouets soigneusement sélectionnés par Luca et Vadim parmi les boîtes accumulées dans le bateau.

En vue de l'arrivée imminente de mes parents, a.k.a. Poupik-et-Mami, nous continuons notre route rapidement pour arriver à Trinidad le 23. Le lendemain, à la "marina" (encore une fois des installations défraîchies et inachevées), nous les cueillons au sortir du taxi qui les amène de La Havane (6 heures de route!). Embrassades, effusions, grande joie. Ensemble, nous décidons de revoir à la baisse les plans ambitieux que nous avions initialement prévus pour leur séjour à bord, consistant en une navigation de près de 120 milles jusqu'à l'extrémité est de l'archipel des Jardins de la Reine. Pour ne pas devoir cravacher et donc mieux profiter de leur présence à bord (et pour éviter, aussi, des problèmes administratifs liés à leur débarquement hors d'un port pourvu d'un bureau d'immigration), nous visons donc de faire des ronds dans l'eau dans les cayes proches de Trinidad, et de terminer par la visite de la ville.

Sans conteste, c'était la bonne décision: le rythme des navigations, quotidiennes mais assez courtes, nous laisse largement le temps de profiter des mouillages, nageant, pêchant, lisant, parlant, jouant... et partageant le rhum-citron du soir dans le cockpit au coucher du soleil. Quatre jours passés à vivre ensemble à bord; leurs deux précédentes visites, à Majorque et à Washington, ayant été essentiellement terrestres, nous sommes tous les quatre ravis de partager vraiment avec eux ce qui fait notre quotidien depuis près de deux ans, et enchantés de voir comme ils y trouvent spontanément leur place. Point d'orgue de leur séjour, une journée de promenade sur les pavés de Trinidad (et un bain chaud dans le ravissant hôtel Iberostar!) à l'atmosphère exquise... Merci, Papa et Maman, Poupik et Mami, de votre visite qui nous a comblés.


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Pendant deux jours après leur départ, nous restons à l'ancre devant la marina de Trinidad avant de repartir, mardi 5 mars, pour avancer autant que possible à la faveur d'une météo annonçant des vents inhabituellement peu orientés est. Notre but, en effet, est de longer la côte pour contourner la pointe est (Punta Maisi) et rejoindre, sur la côte nord, le premier port de sortie, Puerto Vita, d'où nous traverserons vers les Bahamas. Les conditions, en effet, se révèlent extraordinairement favorables: le vent est assez irrégulier, surtout la nuit (ce qui suppose des ajustements presque constants de voilure et le sommeil est donc rare -surtout pour Marc...) mais l'allure est bonne et nous avançons avec un vent soufflant plutôt du nord, presque au travers - à mille lieues de la lutte que nous pouvions craindre au près serré dans les vents d'est dominants... Good planning, capt'n! Finalement, nous avalons d'une traite 400 milles nautiques (au large de Guantanamo, nous sommes interpellés poliment à la VHF par les coastguards américains, qui s'étaient approchés de nous en faisant vrombir les moteurs de leurs vedettes, pour nous signifier que nous ne devons pas nous aviser de changer de cap car la navigation est interdite à moins de trois milles de l'entrée de la baie) et arrivons vers 10 heures du matin le vendredi 8, trois nuits et trois jours après notre départ de Trinidad, à Baracoa à l'extrémité nord-est de Cuba. Fatigués mais contents...

Sur notre lancée, et pressés par la météo qui prévoit une fenêtre limitée pour la traversée vers les Bahamas les 12 et 13 mars, nous continuons notre chemin dès le lendemain de notre arrivée à Baracoa, pour avancer d'une quarantaine de milles par jour jusque Cayo Moa, puis Bahia de Nipe, et enfin Puerto Vita, ne nous arrêtant que pour la nuit.

Mardi 12 mars, nous rendons aux autorités cubaines nos visas et remplissons les derniers formulaires de sortie, puis mettons le cap au nord pour Long Island, dans le sud des Bahamas. Encore 150 milles nautiques, 24 heures de traversée, pour méditer sur ce mois et demi passé à Cuba: la sensation d'y être coupé du monde (internet, ici, est pratiquement inexistant, ce qui explique mon 'silence' sur le blog pendant tout ce temps), le dénuement et la décrépitude, l'obsession des contrôles, parfois en dépit du bon sens - autant de stigmates de la chape de plomb imposée par Fidel qui rend le pays anachronique à bien des égards et assez peu "accueillant" pour la navigation. Mais aussi des kilomètres de côtes vierges, des mouillages magnifiques, une pêche miraculeuse, des décors étonnants, de la musique, des visages souriants et aimables, et des tonnes de souvenirs, encore, qui émaillent notre aventure...




mercredi 30 janvier 2013

Mexique: 4 - 30 janvier

Jeudi 3 janvier. Les Périer viennent de partir, laissant derrière eux un grand vide à bord. Pour ajouter à l'humeur maussade, le temps est brumeux et n'invite pas à la promenade au large. En outre, nous sommes tous les quatre un peu fatigués de naviguer, usés par la quantité de milles parcourus dernièrement (en un mois et demi, entre le départ de Washington début novembre et l'arrivée à La Havane mi-décembre, l'équivalent de 3.000 kilomètres avalés...). Pourtant, la météo promet une bonne fenêtre pour la traversée vers le Mexique, qui ne peut pas se faire dans n'importe quelles conditions étant donné que le Gulf Stream est particulièrement puissant dans le canal du Yucatan que nous devons franchir à angle droit pour arriver près de Cancun: si le vent est trop fort et/ou mal orienté (c'est-à-dire, contre la direction du courant), il peut lever une mer forte et dangereuse.

Nous prenons donc, à contre-coeur, la décision de partir dans la foulée - avec la perspective réjouissante, une fois arrivés, de ne plus bouger pendant près d'un mois incluant la visite de Nonna avec qui nous sillonnerons le Yucatan!

La navigation, finalement, sera presque parfaite compte tenu des conditions particulières de traversée du Gulf Stream: la brume se lève faisant place à un ciel inconditionnellement bleu et le vent, qui souffle au nord-est, est portant et suffisamment faible pour ne pas lever trop de houle. Hormis les derniers cinquante milles, pendant lesquels le courant pousse contre nous à une force de 4 à 5 noeuds (c'est beaucoup), creusant une mer qui nous fait vivre une expérience comparable à celle d'un vêtement dans le tambour d'une machine à laver, les 26 heures de cette traversée tant appréhendée auront été presque agréables!

Contrastant avec l'improbable quai de Los Morros laissé derrière nous à la pointe ouest de Cuba, la marina El Cid de Puerto Morelos (à une trentaine de kilomètres au sud de Cancun) est jolie, fleurie, accueillante et parfaitement entretenue. Pour limiter de dépaysement, cependant, on comprend vite qu'ici aussi, les démarches administratives d'entrée sont longues et fastidieuses: il faudra presque la journée complète pour finaliser la paperasse et accueillir à bord le défilé de fonctionnaires en uniforme.

Une fois cette épreuve surmontée, nous pouvons nous poser enfin et profiter abondamment de la gigantesque piscine de l'hôtel voisin, de la plage de sable blanc, de l'eau claire... et du temps retrouvé pour la classe. Pendant une bonne semaine, nous paressons joyeusement, quittant seulement la marina pour visiter le joli village de Puerto Morelos tout proche ou pour aller faire (encore!) un substantiel avitaillement à Cancun (qui se révèle sans aucun intérêt).

Le 15 janvier vers 23h, après plus de 24 heures de voyage depuis Milan, Nadia/Nonna arrive enfin, guillerette et fraîche comme une rose... Les enfants devront attendre le lendemain matin pour le câlin qu'ils attendent depuis si longtemps, mais Marc et moi profitons déjà pleinement des retrouvailles. Comme à chaque fois (c'est sa quatrième visite sur Panta Rhei, quand même...), elle trouve instantanément et tout naturellement ses marques à bord. Sauf que cette fois-ci, il s'agit d'une visite un peu différente: avec la voiture qu'elle a louée à Cancun, nous partirons pendant 10 jours pour une incursion en pays maya. Des vacances pour nous, en quelque sorte, puisque nous laisserons le bateau sous la surveillance de notre charmant voisin de quai barcelonais Marcos pour explorer, par la route, la région du Yucatan.

C'est un cadeau formidable que nous fait Nadia, et que nous savourons tous pleinement: 10 jours de découvertes, de promenades, d'émerveillement entre Chichen Itza, Izamar, Merida, Celestun, Uxmal, Valladolid, Coba et Tulum. 10 jours inoubliables, intenses et passionants pendant lesquels nous nageons dans des cenotes (gigantesques puits naturels utilisés par les Mayas comme lieux de sacrifices et/ou réserves d'eau douce), visitons des monastères, flânons dans les villes à pied ou en calèche, marchons dans des grottes, escaladons des temples mayas et prions le dieu Chaac-au-long-nez, admirons de tout près des colonies de flamands roses, traversons la mangrove dans une petite barque à moteur, dormons dans des huttes sur la plage, roulons dans les vagues, mangeons de la purée de haricots noirs au petit déjeuner, et nous faisons même  poursuivre par un crocodile énervé! Que d'aventures... MERCI, MERCI, MERCI Nonna!!

Nous nous apprêtons maintenant à reprendre la mer pour retourner vers Cuba - la côte sud, cette fois. La météo étant temporairement favorable, nous partirons finalement demain matin, 31 janvier, sans Nadia qui, après avoir tâté l'idée de traverser avec nous, a décidé sagement de rester dans la région pour ne pas rater son vol de retour vers l'Italie depuis Cancun dans deux jours. On se console en pensant aux prochaines retrouvailles...

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mardi 8 janvier 2013

Cuba, part II: 26 décembre - 3 janvier

***L'album picasa auquel renvoie la légende de la photo sur le dernier "post" (Cuba part I) a été mis à jour et contient à présent l'entièreté des photos de La Havane jusque Noël.***

Mercredi 26, nous faisons un baluchon et embarquons, frétillants d'impatience, dans un taxi pour La Havane, où nous allons retrouver la famille Périer presque au complet (la petite Jade, que Marc n'a pas encore rencontrée puisqu'elle est née peu après notre départ, est restée entre les mains expertes et aimantes de ses grand parents à Bruxelles).

C'est un bonheur immense, intense et incomparable que de revoir, comme si on les avait quittés la veille, de si chers et si anciens amis. Les retrouvailles sont chaleureuses, simples, immédiates.

Nous passons ensemble un délicieux après-midi à flâner dans la vieille ville, les enfants ayant vite fait de former, Cassandre et Vadim d'un côte, Félix et Luca de l'autre, deux binômes parfaitement harmonieux. Une journée joyeuse, terminée en beauté dans le magnifique hôtel en face du Capitolio où nous fêtons à la fois nos retrouvailles et, avec un décalage qui fait d'autant durer le plaisir, les 40 ans de Marc.

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Jeudi 27, après un avitaillement limité (nous étions prévenus, on trouve peu de choses à Cuba, même à La Havane), nous réintégrons le bateau à huit, impatients de (re)commencer à naviguer le lendemain. Légère inquiétude quand, au moment de régler la facture de la marina, notre ami Jérémy du bateau Manao refuse de payer au harbour master le pourboire très officiellement inscrit sur la note et que, du coup, l'ordinateur "tombe en panne" (sic), nous empêchant tous de mener à bien les démarches de sortie...  Malgré l'insistance de Marc et plusieurs allers-retours au bureau jusqu'au début de la nuit, le "patron" ne veut plus rien savoir et reporte à plus tard le règlement de la facture et l'approbation (obligatoire) de notre despacho, feuille de route indiquant précisément tous les endroits où nous comptons mouiller l'ancre. Si le problème informatique est réglé (Inch Allah, dirait-on ailleurs), tout cela devrait pouvoir être envisagé le lendemain matin.

Fort heureusement, la nuit a ressuscité l'ordinateur et remis le harbour master dans de bonnes dispositions. Aussi, nous pouvons larguer les amarres et, après une nouvelle halte au quai d'accueil pour la visite de sortie des douanes, de l'immigration, des autorités sanitaires et du bébé cocker, nous prenons enfin la mer.

La côte nord de l'île est très sauvage et l'accès à terre y est interdit, sauf à certains endroits désignés moyennant autorisation préalable. Nous avons prévu (et fait approuver par despacho interposé) trois haltes sur notre route vers la pointe ouest.

La première, Bahia Honda, est une vaste baie déserte dans laquelle on entre en slalomant entre les épaves de cargos... Une fois à l'intérieur, on est frappé par le calme absolu et l'absence totale de lumière sur la côte pouvant indiquer la présence d'un village. Nous y sommes absolument seuls (mais recevons néanmoins la visite d'un Cubain sorti d'on ne sait où et venu vérifier les papiers, autorisations, passeports et autres cachets) et y dégustons, avec moultes grognements de satisfaction, le thon blanc pêché l'après-midi même (le premier d'une série!) et transformé en sushis par cet Alpha Male de Capt'n Marc.

Il fait grand beau, le vent est favorable, tout le monde est bien à bord (mention spéciale à Félix qui, seul à souffrir du mal de mer, mord admirablement sur sa chique) et nous passons encore toute la journée du lendemain à naviguer jusqu'à notre deuxième étape, Cayo Levisa où nous arrivons avec les derniers rayons du soleil en zigzaguant entre les patates de corail. Le stress de l'arrivée est rapidement dissipé à coups de rhum et de bonne conversation... Là, nous passons deux jours -et la nuit du Nouvel An, avec Pingouin et Manao- à profiter allègrement de joies de la plage.

Troisième étape, la toute petite Cayo Julio où nous nous arrêtons le temps d'un bain de mer et d'un dîner avant d'entamer, en navigation de nuit, le dernier morceau de route avant la "marina" de Los Morros à l'extrémité ouest où les Périer nous quitteront pour passer encore deux jours à visiter l'intérieur de l'île avant de s'envoler vers l'hiver bruxellois.

C'est avec le coeur très serré et la tête déjà pleine de merveilleux souvenirs que nous les accompagnons sur l'improbable quai de Los Morros, au parfum de bout-du-monde, pour les regarder partir.


Merci merci à tous les quatre de votre visite, de votre enthousiasme et de votre indéfectible amitié, et merci de nous avoir gâtés de votre présence...


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jeudi 27 décembre 2012

Cuba, part I: 14 - 25 decembre

90 milles nautiques pour changer de pays et passer dans un autre monde... Outre l'inconfort de la houle croisée (vent contre courant), nous nous souviendrons longtemps de cette traversée: juste avant la tombée de la nuit, quand la ligne de pêche se met à siffler pour signaler la prise d'un gros barracuda, nous réalisons que le ralentissement du beau, que nous avions mis sur le compte du puissant Gulf Stream, est dû à un casier de pêche que nous traînons depuis une heure environ. Au moment de couper la corde, il apparaît clairement qu'elle est prise dans l'hélice du moteur. Heureusement, nous avançons (fort bien, d'ailleurs) à la voile uniquement, et elle n'a donc pas pu s'entortiller. Néanmoins, il faut la dégager de là car, précisément, elle nous empêche de démarrer le moteur, ce qui pourrait s'avérer dangereux à l'approche des côtes cubaines. Nous sommes donc contraints de mettre le bateau à la cape, c'est-à-dire le faire dériver à votes minimale, pour permettre à Marc, retenu au bateau par un noeud de chaise au bout d'une amarre, de plonger (en pleine mer, en pleine houle, en plein courant) pour l'enlever. Me voilà dès lors à la barre, les yeux fixés sur les instruments pour bloquer la position de Panta Rhei par rapport au vent afin d'éviter qu'il ne prenne de la vitesse, à contenir une véritable crise de panique tout en me répétant en boucle (mais en silence, pour ne pas contaminer les enfants avec mon angoisse) le message de détresse à diffuser sur le canal d'urgence au cas où l'opération ne se déroulerait pas comme prévu et que Marc se détachait, ou se trouvait tracté au bout de cette corde à une vitesse devenue brusquement trop importante.  Oh my God. Dix interminables minutes plus tard, il est ressorti de l'eau ("elle est délicieuse"), la corde et les bouées qui l'accompagnaient sont larguées, le cauchemar s'achève. Il s'ensuit une nuit assez chahutée par la houle, mais l'inconfort est compensé par une pluie d'étoiles filantes et une allure si bonne que nous devons diminuer la voilure pour éviter d'arriver à Cuba avant le lever du soleil.

Vers 7 heures du matin, nous sommes en vue de La Havane. Nous approchons doucement (l'entrée dans la marina Hemingway est périlleuse, les vagues cassant de part et d'autre du chenal: il s'agit, malgré la fatigue de la nuit quasi-blanche, de ne pas se tromper...) et nous appelons, veillant à respecter scrupuleusement la procédure, les autorités par radio. L'arrêt au quai d'accueil durera trois heures: visite du médecin officiel, des autorités sanitaires (qui passent en revue tous les aliments sur le bateau, à la pomme près), des douanes, de l'immigration - au total, une douzaine de personnes (et un bébé cocker), toutes très aimables et encore plus souriantes après que nous ayons glissé dans leurs mains les quelques dollars demandés "sur le côté" de façon à peine déguisée... Trois heures, donc, et une pile de papiers plus tard, nous pouvons enfin entrer dans la marina et nous installer à la place désignée au quai que nous ne quitterons pas pendant deux semaines.

La Floride, toute proche portant, est très vite un lointain souvenir: chaque jour, nous découvrons un peu plus et comprenons un peu mieux comment fonctionne cet étonnant pays qui sort à tous petits pas de la bulle communiste dans laquelle il vit enfermé depuis le Trionfo de la Revolucion il y a un demi-siècle. Tout ici nous surprend. C'est difficile à croire, mais les Cubains (sur)vivent avec des livrets de rationnements qui leur donnent droit, gratuitement, à une quantité (minimale) de vivres de base -riz, sucre, pain- par famille; les études de médecine ont une excellente réputation, mais les médecins, comme tous les autres universitaires d'ailleurs, peuvent espérer un salaire mensuel moyen équivalent à 30 dollars - la plupart d'entre eux finissent donc derrière le volant d'un taxi, car c'est largement plus lucratif; les entreprises privées (10 employés maximum) commencent seulement à être autorisées, tout comme l'achat et la vente de biens immobiliers par des particuliers; la presse n'est pas libre; l'économie monétaire fonctionne à deux vitesses, les CUC (prononcez "couques") pour les touristes -environ 0.85 pour 1 dollar US- et des pesos nationales pour les Cubains -environ 24 pesos pour 1 CUC-. Par ailleurs, cela fait trois ans seulement que les Cubains ont le droit de quitter (temporairement) le pays, à condition toutefois de posséder une tarjeta blanca -qui suppose un visa délivré par le pays de destination) émise par l'Etat.

Rien ne semble fonctionner vraiment correctement, mais nous sommes frappés par l'abondance de sourires et le ton plutôt enjoué des personnes à qui nous avons pu parler (évidemment, il y a aussi ceux qui sont partis, et ceux qui projettent de le faire en traversant clandestinement, à bord de n'importe quelle embarcation de fortune, les 90 milles jusque Key West): elles sont fiers de pouvoir bénéficier d'un système de soins de santé gratuit et de l'éducation pour tous: deux chevaux de bataille de Fidel... Et puis, le marché noir, la débrouille ("por la mano izquierda"), et surtout l'argent envoyé par les membres de la famille émigrés à l'étranger, permettent d'améliorer -si peu- le quotidien, dont certains affirment qu'il changera encore beaucoup (mais comment?) dans les années qui viennent.

A la marina Hemingway, les journées s'écoulent tranquillement et nous menons sous un soleil exquis une paisible vie de village avec Pingouin et Manao. Les enfants sautillent gaiement dans l'herbe, perfectionnent leur style en trottinette, construisent des cabanes dans les palmiers et passent librement d'un bateau à l'autre. Nous faisons également la connaissance de notre voisin de quai, Dale, surfer californien dans l'âme et skipper de métier depuis 35 ans, dont nous nous régalons des histoires sans fin et des conseils avisés sur le "monde du nautisme" dont Marc rêve toujours de se faire, un jour, un métier...

Principal accès au pays par la mer, la marina a été construite dans les années 60 selon des plans très ambitieux - mais par manque de moyens, elle se défraîchit à vue d'oeil: les quais ne sont pas entretenus et la pierre s'effrite dangereusement, les terrains de tennis sont à l'abandon et sont devenus des terrains vagues, le centre de plongée semble désespérément fermé, les douches -quand elles ne sont pas carrément démontées- offrent un filet d'eau permettant à peine de se laver. Néanmoins, une demi-douzaine de gardiens surveillent la marina 24 heures du 24: ils sont toujours principalement assis dans des guérites à demi-effondrées, mais saluent invariablement avec beaucoup de gentillesse et un sourire radieux - tout comme des deux délicieuses senoras en charge de la laverie ("de nada, mi amor!").

La Havane, aussi, est fascinante. Pour s'y rendre, nous nous faisons renseigner par Jean-François, un Français installé dans la marina à bord de son bateau depuis un an et demi, la meilleur combine: plutôt que de payer les 40 CUC demandés par les taxis officiels, il faut se poster sur le bord de la grand route et héler la première voiture qui passe (ces véhicules de cartes postales qui inondent les rues de la capitale et dont il ne reste souvent que la carcasse mais qui continuent miraculeusement à rouler). Prix des 25 minutes de trajet: 8 CUC pour toute la famille. Seulement, il faut ne pas avoir peur de passer à travers le plancher ni de mourir étouffé par les gaz d'échappement qui, curieusement, sont soufflés à l'intérieur de l'habitacle - ou par le surnombre de passagers contenus dans un seul véhicule.

La ville, vieille de 500 ans, est -ou était- magnifique. Après peu de temps à flâner dans le quartier de la Habana Vieja, on ne s'étonne plus de remarquer presque sur chaque maison des colonnes corinthiennes, vitraux, ferronnerie ou autres détails somptueux. Mais la splendeur est maisons est inversement proportionnelle à leur état de délabrement et la vision du linge pendu aux fenêtres des anciens palais ou des enfants jouant dans les cours sombres paraît presque irréelle. L'atmosphère est douce, colorée, joyeuse et on a l'impression d'entendre de la musique surgir de partout (un peu trop souvent, malheureusement, des reprises du "Buena Vista Social Club" devenu un piège à touristes). En dehors de la vieille ville, le quartier Vedado est aussi un régal à explorer sans but précis: au départ de la surprenante Plaza de la Revolucion (un fantasme, sans doute, d'échantillon de ville moderne à la soviétique) et jusqu'au Malecon, la longue promenade de bord de mer, en passant par l'université, nous découvrons un autre visage de la ville, moins touristique mais au mois aussi vivant - et de théâtres en salles de concert, nous avons la bonne surprise d'apprendre que le festival Jazz Plaza se tient précisément au moment où nous y sommes.

Le 25 décembre, après que les enfants aient découvert au réveil avec une insoutenable excitation les cadeaux apportés par ce bon vieux Père Noël pendant la nuit (pour la deuxième année consécutive, il n'aura pas oublié nos petits souliers sous les tropiques), nous organisons un gargantuesque pique-nique collectif au cours duquel nous partageons, à 14, les plats somptueux préparés par les uns et les autres. Un Noël à l'ombre des palmiers: c'est loin des Noëls blancs de notre enfance, mais l'humeur n'est pas nostalgique...


mercredi 19 décembre 2012

Floride, part II: 29 novembre - 13 décembre

Le vent souffle plus fort que prévu pendant les 150 milles de la traversée, qui aura donc été rapide: à 8 heures du matin, 20 heures après notre départ de Cape Canaveral, nous jetons l'ancre devant la marina Las Olas de Fort Lauderdale - que les Américains, sans peur du ridicule, surnomment "Venice of America". Ici, la Floride comme on se l'imagine: une plage magnifique bordée de grands palmiers, mais un front de mer défiguré par les immeubles à appartements, les bars, les enseignes et...les touristes. La partie de la ville composée de canaux artificiels bordés de villas plus dégoulinantes les unes que les autres, et de gros bateaux à moteur, signes extérieurs d'aisance matérielle, achèvent de donner à l'endroit un aspect toc qui nous laisse assez froids.

Mais cette halte se voulait technique, et à ce titre nous avons trouvé tout ce que nous cherchions: avitaillement gigantesque (il paraît qu'à Cuba on ne trouve presque rien...), bouteilles de gaz, pièces de d'entretien et/ou de rechange pour le moteur et le générateur, de l'eau (beaucoup d'eau). Le bateau est lavé, entretenu, révisé, pratiquement démonté jusqu'à la dernière cale pour faciliter le nettoyage et optimaliser les rangements. Ca commence à sentir vraiment la fin des Etats-Unis - et de l'abondance: nous nous préparons, dans tous les sens du terme, à vivre en quasi-autonomie pendant deux mois!

Mercredi 5, nous quittons Fort Lauderdale de bonne heure et naviguons toute la journée. En fin d'après-midi, la ligne de pêche - qui était restée en chômage technique depuis près de six mois - se met à frétiller, et Marc ramène un magnifique thazard blanc que nous dégustons à peine une heure plus tard dans la lumière du couchant au mouillage de Cape Florida (pratiquement au pied des "shacks" construits pendant la Prohibition, repaires pour amateurs de jeux de hasard et d'alcool, autorisés seulement à plus d'un mille des côtes...).

Le lendemain, nous entamons le dernier morceau de notre descente de la Floride: le temps est calme, l'allure confortable, aussi j'encourage Marc (vrai de vrai) à continuer pendant la nuit plutôt que de tenter de trouver encore un mouillage qui sera peut-être insuffisamment abrité de la brise qui se lève. Nous arrivons donc vendredi matin, 7 décembre, à Key West, notre dernière étape en Floride, et aux Etats-Unis.

Etrange semaine à Key West: drôle d'atmosphère (la proximité de Cuba est affichée partout mais on est encore en territoire très américain), drôle de climat (chaud et lourd sans être franchement beau), drôle de faune (mélange de néo-babas arrivés là il y a 30 ans et jamais repartis, de retraités, d'émigrés cubains, de touristes en tous genres), drôle d'atmosphère (les bars sont alignés dans les rues principales et fonctionnent 20 heures sur 24, aussi on voit parfois danser des filles sur les bars devant une salle quasi vide, à 10 heures du matin), drôle d'humeur: Vadim -suivi de près par Luca- fait une impressionnante poussée de fièvre et passe près de cinq jours tout à fait à côté de son assiette.

Bref - peut-être le signe est-il temps que l'on s'en aille... Jeudi 13 décembre: 6 mois jour pour jour après que Panta Rhei soit entrée aux Etats-Unis avec Marc, nous avons finalisé les préparatifs de départ (incluant une visite mémorable au bureau des U.S. Customs and Immigration à l'aéroport de Key West), la météo est correcte (quoique Pingouin et Manao décident, le matin-même, d'attendre encore 48 heures), nous partons!!

Enchantés de la merveilleuse découverte que fut cette saison le long de la côte est des Etats-Unis, la mémoire grouillant des souvenirs de lieux, de rencontres, d'aventures amassés en chemin, du Maine jusqu'en Floride, nous sommes aussi très impatients d'ouvrir un nouveau chapitre de notre voyage et de découvrir enfin Cuba...

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