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mercredi 30 janvier 2013

Mexique: 4 - 30 janvier

Jeudi 3 janvier. Les Périer viennent de partir, laissant derrière eux un grand vide à bord. Pour ajouter à l'humeur maussade, le temps est brumeux et n'invite pas à la promenade au large. En outre, nous sommes tous les quatre un peu fatigués de naviguer, usés par la quantité de milles parcourus dernièrement (en un mois et demi, entre le départ de Washington début novembre et l'arrivée à La Havane mi-décembre, l'équivalent de 3.000 kilomètres avalés...). Pourtant, la météo promet une bonne fenêtre pour la traversée vers le Mexique, qui ne peut pas se faire dans n'importe quelles conditions étant donné que le Gulf Stream est particulièrement puissant dans le canal du Yucatan que nous devons franchir à angle droit pour arriver près de Cancun: si le vent est trop fort et/ou mal orienté (c'est-à-dire, contre la direction du courant), il peut lever une mer forte et dangereuse.

Nous prenons donc, à contre-coeur, la décision de partir dans la foulée - avec la perspective réjouissante, une fois arrivés, de ne plus bouger pendant près d'un mois incluant la visite de Nonna avec qui nous sillonnerons le Yucatan!

La navigation, finalement, sera presque parfaite compte tenu des conditions particulières de traversée du Gulf Stream: la brume se lève faisant place à un ciel inconditionnellement bleu et le vent, qui souffle au nord-est, est portant et suffisamment faible pour ne pas lever trop de houle. Hormis les derniers cinquante milles, pendant lesquels le courant pousse contre nous à une force de 4 à 5 noeuds (c'est beaucoup), creusant une mer qui nous fait vivre une expérience comparable à celle d'un vêtement dans le tambour d'une machine à laver, les 26 heures de cette traversée tant appréhendée auront été presque agréables!

Contrastant avec l'improbable quai de Los Morros laissé derrière nous à la pointe ouest de Cuba, la marina El Cid de Puerto Morelos (à une trentaine de kilomètres au sud de Cancun) est jolie, fleurie, accueillante et parfaitement entretenue. Pour limiter de dépaysement, cependant, on comprend vite qu'ici aussi, les démarches administratives d'entrée sont longues et fastidieuses: il faudra presque la journée complète pour finaliser la paperasse et accueillir à bord le défilé de fonctionnaires en uniforme.

Une fois cette épreuve surmontée, nous pouvons nous poser enfin et profiter abondamment de la gigantesque piscine de l'hôtel voisin, de la plage de sable blanc, de l'eau claire... et du temps retrouvé pour la classe. Pendant une bonne semaine, nous paressons joyeusement, quittant seulement la marina pour visiter le joli village de Puerto Morelos tout proche ou pour aller faire (encore!) un substantiel avitaillement à Cancun (qui se révèle sans aucun intérêt).

Le 15 janvier vers 23h, après plus de 24 heures de voyage depuis Milan, Nadia/Nonna arrive enfin, guillerette et fraîche comme une rose... Les enfants devront attendre le lendemain matin pour le câlin qu'ils attendent depuis si longtemps, mais Marc et moi profitons déjà pleinement des retrouvailles. Comme à chaque fois (c'est sa quatrième visite sur Panta Rhei, quand même...), elle trouve instantanément et tout naturellement ses marques à bord. Sauf que cette fois-ci, il s'agit d'une visite un peu différente: avec la voiture qu'elle a louée à Cancun, nous partirons pendant 10 jours pour une incursion en pays maya. Des vacances pour nous, en quelque sorte, puisque nous laisserons le bateau sous la surveillance de notre charmant voisin de quai barcelonais Marcos pour explorer, par la route, la région du Yucatan.

C'est un cadeau formidable que nous fait Nadia, et que nous savourons tous pleinement: 10 jours de découvertes, de promenades, d'émerveillement entre Chichen Itza, Izamar, Merida, Celestun, Uxmal, Valladolid, Coba et Tulum. 10 jours inoubliables, intenses et passionants pendant lesquels nous nageons dans des cenotes (gigantesques puits naturels utilisés par les Mayas comme lieux de sacrifices et/ou réserves d'eau douce), visitons des monastères, flânons dans les villes à pied ou en calèche, marchons dans des grottes, escaladons des temples mayas et prions le dieu Chaac-au-long-nez, admirons de tout près des colonies de flamands roses, traversons la mangrove dans une petite barque à moteur, dormons dans des huttes sur la plage, roulons dans les vagues, mangeons de la purée de haricots noirs au petit déjeuner, et nous faisons même  poursuivre par un crocodile énervé! Que d'aventures... MERCI, MERCI, MERCI Nonna!!

Nous nous apprêtons maintenant à reprendre la mer pour retourner vers Cuba - la côte sud, cette fois. La météo étant temporairement favorable, nous partirons finalement demain matin, 31 janvier, sans Nadia qui, après avoir tâté l'idée de traverser avec nous, a décidé sagement de rester dans la région pour ne pas rater son vol de retour vers l'Italie depuis Cancun dans deux jours. On se console en pensant aux prochaines retrouvailles...

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mardi 8 janvier 2013

Cuba, part II: 26 décembre - 3 janvier

***L'album picasa auquel renvoie la légende de la photo sur le dernier "post" (Cuba part I) a été mis à jour et contient à présent l'entièreté des photos de La Havane jusque Noël.***

Mercredi 26, nous faisons un baluchon et embarquons, frétillants d'impatience, dans un taxi pour La Havane, où nous allons retrouver la famille Périer presque au complet (la petite Jade, que Marc n'a pas encore rencontrée puisqu'elle est née peu après notre départ, est restée entre les mains expertes et aimantes de ses grand parents à Bruxelles).

C'est un bonheur immense, intense et incomparable que de revoir, comme si on les avait quittés la veille, de si chers et si anciens amis. Les retrouvailles sont chaleureuses, simples, immédiates.

Nous passons ensemble un délicieux après-midi à flâner dans la vieille ville, les enfants ayant vite fait de former, Cassandre et Vadim d'un côte, Félix et Luca de l'autre, deux binômes parfaitement harmonieux. Une journée joyeuse, terminée en beauté dans le magnifique hôtel en face du Capitolio où nous fêtons à la fois nos retrouvailles et, avec un décalage qui fait d'autant durer le plaisir, les 40 ans de Marc.

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Jeudi 27, après un avitaillement limité (nous étions prévenus, on trouve peu de choses à Cuba, même à La Havane), nous réintégrons le bateau à huit, impatients de (re)commencer à naviguer le lendemain. Légère inquiétude quand, au moment de régler la facture de la marina, notre ami Jérémy du bateau Manao refuse de payer au harbour master le pourboire très officiellement inscrit sur la note et que, du coup, l'ordinateur "tombe en panne" (sic), nous empêchant tous de mener à bien les démarches de sortie...  Malgré l'insistance de Marc et plusieurs allers-retours au bureau jusqu'au début de la nuit, le "patron" ne veut plus rien savoir et reporte à plus tard le règlement de la facture et l'approbation (obligatoire) de notre despacho, feuille de route indiquant précisément tous les endroits où nous comptons mouiller l'ancre. Si le problème informatique est réglé (Inch Allah, dirait-on ailleurs), tout cela devrait pouvoir être envisagé le lendemain matin.

Fort heureusement, la nuit a ressuscité l'ordinateur et remis le harbour master dans de bonnes dispositions. Aussi, nous pouvons larguer les amarres et, après une nouvelle halte au quai d'accueil pour la visite de sortie des douanes, de l'immigration, des autorités sanitaires et du bébé cocker, nous prenons enfin la mer.

La côte nord de l'île est très sauvage et l'accès à terre y est interdit, sauf à certains endroits désignés moyennant autorisation préalable. Nous avons prévu (et fait approuver par despacho interposé) trois haltes sur notre route vers la pointe ouest.

La première, Bahia Honda, est une vaste baie déserte dans laquelle on entre en slalomant entre les épaves de cargos... Une fois à l'intérieur, on est frappé par le calme absolu et l'absence totale de lumière sur la côte pouvant indiquer la présence d'un village. Nous y sommes absolument seuls (mais recevons néanmoins la visite d'un Cubain sorti d'on ne sait où et venu vérifier les papiers, autorisations, passeports et autres cachets) et y dégustons, avec moultes grognements de satisfaction, le thon blanc pêché l'après-midi même (le premier d'une série!) et transformé en sushis par cet Alpha Male de Capt'n Marc.

Il fait grand beau, le vent est favorable, tout le monde est bien à bord (mention spéciale à Félix qui, seul à souffrir du mal de mer, mord admirablement sur sa chique) et nous passons encore toute la journée du lendemain à naviguer jusqu'à notre deuxième étape, Cayo Levisa où nous arrivons avec les derniers rayons du soleil en zigzaguant entre les patates de corail. Le stress de l'arrivée est rapidement dissipé à coups de rhum et de bonne conversation... Là, nous passons deux jours -et la nuit du Nouvel An, avec Pingouin et Manao- à profiter allègrement de joies de la plage.

Troisième étape, la toute petite Cayo Julio où nous nous arrêtons le temps d'un bain de mer et d'un dîner avant d'entamer, en navigation de nuit, le dernier morceau de route avant la "marina" de Los Morros à l'extrémité ouest où les Périer nous quitteront pour passer encore deux jours à visiter l'intérieur de l'île avant de s'envoler vers l'hiver bruxellois.

C'est avec le coeur très serré et la tête déjà pleine de merveilleux souvenirs que nous les accompagnons sur l'improbable quai de Los Morros, au parfum de bout-du-monde, pour les regarder partir.


Merci merci à tous les quatre de votre visite, de votre enthousiasme et de votre indéfectible amitié, et merci de nous avoir gâtés de votre présence...


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jeudi 27 décembre 2012

Cuba, part I: 14 - 25 decembre

90 milles nautiques pour changer de pays et passer dans un autre monde... Outre l'inconfort de la houle croisée (vent contre courant), nous nous souviendrons longtemps de cette traversée: juste avant la tombée de la nuit, quand la ligne de pêche se met à siffler pour signaler la prise d'un gros barracuda, nous réalisons que le ralentissement du beau, que nous avions mis sur le compte du puissant Gulf Stream, est dû à un casier de pêche que nous traînons depuis une heure environ. Au moment de couper la corde, il apparaît clairement qu'elle est prise dans l'hélice du moteur. Heureusement, nous avançons (fort bien, d'ailleurs) à la voile uniquement, et elle n'a donc pas pu s'entortiller. Néanmoins, il faut la dégager de là car, précisément, elle nous empêche de démarrer le moteur, ce qui pourrait s'avérer dangereux à l'approche des côtes cubaines. Nous sommes donc contraints de mettre le bateau à la cape, c'est-à-dire le faire dériver à votes minimale, pour permettre à Marc, retenu au bateau par un noeud de chaise au bout d'une amarre, de plonger (en pleine mer, en pleine houle, en plein courant) pour l'enlever. Me voilà dès lors à la barre, les yeux fixés sur les instruments pour bloquer la position de Panta Rhei par rapport au vent afin d'éviter qu'il ne prenne de la vitesse, à contenir une véritable crise de panique tout en me répétant en boucle (mais en silence, pour ne pas contaminer les enfants avec mon angoisse) le message de détresse à diffuser sur le canal d'urgence au cas où l'opération ne se déroulerait pas comme prévu et que Marc se détachait, ou se trouvait tracté au bout de cette corde à une vitesse devenue brusquement trop importante.  Oh my God. Dix interminables minutes plus tard, il est ressorti de l'eau ("elle est délicieuse"), la corde et les bouées qui l'accompagnaient sont larguées, le cauchemar s'achève. Il s'ensuit une nuit assez chahutée par la houle, mais l'inconfort est compensé par une pluie d'étoiles filantes et une allure si bonne que nous devons diminuer la voilure pour éviter d'arriver à Cuba avant le lever du soleil.

Vers 7 heures du matin, nous sommes en vue de La Havane. Nous approchons doucement (l'entrée dans la marina Hemingway est périlleuse, les vagues cassant de part et d'autre du chenal: il s'agit, malgré la fatigue de la nuit quasi-blanche, de ne pas se tromper...) et nous appelons, veillant à respecter scrupuleusement la procédure, les autorités par radio. L'arrêt au quai d'accueil durera trois heures: visite du médecin officiel, des autorités sanitaires (qui passent en revue tous les aliments sur le bateau, à la pomme près), des douanes, de l'immigration - au total, une douzaine de personnes (et un bébé cocker), toutes très aimables et encore plus souriantes après que nous ayons glissé dans leurs mains les quelques dollars demandés "sur le côté" de façon à peine déguisée... Trois heures, donc, et une pile de papiers plus tard, nous pouvons enfin entrer dans la marina et nous installer à la place désignée au quai que nous ne quitterons pas pendant deux semaines.

La Floride, toute proche portant, est très vite un lointain souvenir: chaque jour, nous découvrons un peu plus et comprenons un peu mieux comment fonctionne cet étonnant pays qui sort à tous petits pas de la bulle communiste dans laquelle il vit enfermé depuis le Trionfo de la Revolucion il y a un demi-siècle. Tout ici nous surprend. C'est difficile à croire, mais les Cubains (sur)vivent avec des livrets de rationnements qui leur donnent droit, gratuitement, à une quantité (minimale) de vivres de base -riz, sucre, pain- par famille; les études de médecine ont une excellente réputation, mais les médecins, comme tous les autres universitaires d'ailleurs, peuvent espérer un salaire mensuel moyen équivalent à 30 dollars - la plupart d'entre eux finissent donc derrière le volant d'un taxi, car c'est largement plus lucratif; les entreprises privées (10 employés maximum) commencent seulement à être autorisées, tout comme l'achat et la vente de biens immobiliers par des particuliers; la presse n'est pas libre; l'économie monétaire fonctionne à deux vitesses, les CUC (prononcez "couques") pour les touristes -environ 0.85 pour 1 dollar US- et des pesos nationales pour les Cubains -environ 24 pesos pour 1 CUC-. Par ailleurs, cela fait trois ans seulement que les Cubains ont le droit de quitter (temporairement) le pays, à condition toutefois de posséder une tarjeta blanca -qui suppose un visa délivré par le pays de destination) émise par l'Etat.

Rien ne semble fonctionner vraiment correctement, mais nous sommes frappés par l'abondance de sourires et le ton plutôt enjoué des personnes à qui nous avons pu parler (évidemment, il y a aussi ceux qui sont partis, et ceux qui projettent de le faire en traversant clandestinement, à bord de n'importe quelle embarcation de fortune, les 90 milles jusque Key West): elles sont fiers de pouvoir bénéficier d'un système de soins de santé gratuit et de l'éducation pour tous: deux chevaux de bataille de Fidel... Et puis, le marché noir, la débrouille ("por la mano izquierda"), et surtout l'argent envoyé par les membres de la famille émigrés à l'étranger, permettent d'améliorer -si peu- le quotidien, dont certains affirment qu'il changera encore beaucoup (mais comment?) dans les années qui viennent.

A la marina Hemingway, les journées s'écoulent tranquillement et nous menons sous un soleil exquis une paisible vie de village avec Pingouin et Manao. Les enfants sautillent gaiement dans l'herbe, perfectionnent leur style en trottinette, construisent des cabanes dans les palmiers et passent librement d'un bateau à l'autre. Nous faisons également la connaissance de notre voisin de quai, Dale, surfer californien dans l'âme et skipper de métier depuis 35 ans, dont nous nous régalons des histoires sans fin et des conseils avisés sur le "monde du nautisme" dont Marc rêve toujours de se faire, un jour, un métier...

Principal accès au pays par la mer, la marina a été construite dans les années 60 selon des plans très ambitieux - mais par manque de moyens, elle se défraîchit à vue d'oeil: les quais ne sont pas entretenus et la pierre s'effrite dangereusement, les terrains de tennis sont à l'abandon et sont devenus des terrains vagues, le centre de plongée semble désespérément fermé, les douches -quand elles ne sont pas carrément démontées- offrent un filet d'eau permettant à peine de se laver. Néanmoins, une demi-douzaine de gardiens surveillent la marina 24 heures du 24: ils sont toujours principalement assis dans des guérites à demi-effondrées, mais saluent invariablement avec beaucoup de gentillesse et un sourire radieux - tout comme des deux délicieuses senoras en charge de la laverie ("de nada, mi amor!").

La Havane, aussi, est fascinante. Pour s'y rendre, nous nous faisons renseigner par Jean-François, un Français installé dans la marina à bord de son bateau depuis un an et demi, la meilleur combine: plutôt que de payer les 40 CUC demandés par les taxis officiels, il faut se poster sur le bord de la grand route et héler la première voiture qui passe (ces véhicules de cartes postales qui inondent les rues de la capitale et dont il ne reste souvent que la carcasse mais qui continuent miraculeusement à rouler). Prix des 25 minutes de trajet: 8 CUC pour toute la famille. Seulement, il faut ne pas avoir peur de passer à travers le plancher ni de mourir étouffé par les gaz d'échappement qui, curieusement, sont soufflés à l'intérieur de l'habitacle - ou par le surnombre de passagers contenus dans un seul véhicule.

La ville, vieille de 500 ans, est -ou était- magnifique. Après peu de temps à flâner dans le quartier de la Habana Vieja, on ne s'étonne plus de remarquer presque sur chaque maison des colonnes corinthiennes, vitraux, ferronnerie ou autres détails somptueux. Mais la splendeur est maisons est inversement proportionnelle à leur état de délabrement et la vision du linge pendu aux fenêtres des anciens palais ou des enfants jouant dans les cours sombres paraît presque irréelle. L'atmosphère est douce, colorée, joyeuse et on a l'impression d'entendre de la musique surgir de partout (un peu trop souvent, malheureusement, des reprises du "Buena Vista Social Club" devenu un piège à touristes). En dehors de la vieille ville, le quartier Vedado est aussi un régal à explorer sans but précis: au départ de la surprenante Plaza de la Revolucion (un fantasme, sans doute, d'échantillon de ville moderne à la soviétique) et jusqu'au Malecon, la longue promenade de bord de mer, en passant par l'université, nous découvrons un autre visage de la ville, moins touristique mais au mois aussi vivant - et de théâtres en salles de concert, nous avons la bonne surprise d'apprendre que le festival Jazz Plaza se tient précisément au moment où nous y sommes.

Le 25 décembre, après que les enfants aient découvert au réveil avec une insoutenable excitation les cadeaux apportés par ce bon vieux Père Noël pendant la nuit (pour la deuxième année consécutive, il n'aura pas oublié nos petits souliers sous les tropiques), nous organisons un gargantuesque pique-nique collectif au cours duquel nous partageons, à 14, les plats somptueux préparés par les uns et les autres. Un Noël à l'ombre des palmiers: c'est loin des Noëls blancs de notre enfance, mais l'humeur n'est pas nostalgique...


mercredi 19 décembre 2012

Floride, part II: 29 novembre - 13 décembre

Le vent souffle plus fort que prévu pendant les 150 milles de la traversée, qui aura donc été rapide: à 8 heures du matin, 20 heures après notre départ de Cape Canaveral, nous jetons l'ancre devant la marina Las Olas de Fort Lauderdale - que les Américains, sans peur du ridicule, surnomment "Venice of America". Ici, la Floride comme on se l'imagine: une plage magnifique bordée de grands palmiers, mais un front de mer défiguré par les immeubles à appartements, les bars, les enseignes et...les touristes. La partie de la ville composée de canaux artificiels bordés de villas plus dégoulinantes les unes que les autres, et de gros bateaux à moteur, signes extérieurs d'aisance matérielle, achèvent de donner à l'endroit un aspect toc qui nous laisse assez froids.

Mais cette halte se voulait technique, et à ce titre nous avons trouvé tout ce que nous cherchions: avitaillement gigantesque (il paraît qu'à Cuba on ne trouve presque rien...), bouteilles de gaz, pièces de d'entretien et/ou de rechange pour le moteur et le générateur, de l'eau (beaucoup d'eau). Le bateau est lavé, entretenu, révisé, pratiquement démonté jusqu'à la dernière cale pour faciliter le nettoyage et optimaliser les rangements. Ca commence à sentir vraiment la fin des Etats-Unis - et de l'abondance: nous nous préparons, dans tous les sens du terme, à vivre en quasi-autonomie pendant deux mois!

Mercredi 5, nous quittons Fort Lauderdale de bonne heure et naviguons toute la journée. En fin d'après-midi, la ligne de pêche - qui était restée en chômage technique depuis près de six mois - se met à frétiller, et Marc ramène un magnifique thazard blanc que nous dégustons à peine une heure plus tard dans la lumière du couchant au mouillage de Cape Florida (pratiquement au pied des "shacks" construits pendant la Prohibition, repaires pour amateurs de jeux de hasard et d'alcool, autorisés seulement à plus d'un mille des côtes...).

Le lendemain, nous entamons le dernier morceau de notre descente de la Floride: le temps est calme, l'allure confortable, aussi j'encourage Marc (vrai de vrai) à continuer pendant la nuit plutôt que de tenter de trouver encore un mouillage qui sera peut-être insuffisamment abrité de la brise qui se lève. Nous arrivons donc vendredi matin, 7 décembre, à Key West, notre dernière étape en Floride, et aux Etats-Unis.

Etrange semaine à Key West: drôle d'atmosphère (la proximité de Cuba est affichée partout mais on est encore en territoire très américain), drôle de climat (chaud et lourd sans être franchement beau), drôle de faune (mélange de néo-babas arrivés là il y a 30 ans et jamais repartis, de retraités, d'émigrés cubains, de touristes en tous genres), drôle d'atmosphère (les bars sont alignés dans les rues principales et fonctionnent 20 heures sur 24, aussi on voit parfois danser des filles sur les bars devant une salle quasi vide, à 10 heures du matin), drôle d'humeur: Vadim -suivi de près par Luca- fait une impressionnante poussée de fièvre et passe près de cinq jours tout à fait à côté de son assiette.

Bref - peut-être le signe est-il temps que l'on s'en aille... Jeudi 13 décembre: 6 mois jour pour jour après que Panta Rhei soit entrée aux Etats-Unis avec Marc, nous avons finalisé les préparatifs de départ (incluant une visite mémorable au bureau des U.S. Customs and Immigration à l'aéroport de Key West), la météo est correcte (quoique Pingouin et Manao décident, le matin-même, d'attendre encore 48 heures), nous partons!!

Enchantés de la merveilleuse découverte que fut cette saison le long de la côte est des Etats-Unis, la mémoire grouillant des souvenirs de lieux, de rencontres, d'aventures amassés en chemin, du Maine jusqu'en Floride, nous sommes aussi très impatients d'ouvrir un nouveau chapitre de notre voyage et de découvrir enfin Cuba...

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vendredi 30 novembre 2012

Floride, part I: 21 - 28 novembre

Mercredi 21, vers 11 heures, après des adieux temporaires à Pingouin et la promesse de nous retrouver quelque part en Floride, nous nous mettons donc en route, pour trois navigations consécutives d'environ 160 milles chacune. A la sortie en mer, nous sommes surpris de ne trouver que très peu de vent. Nous avançons assez lentement et comme la mer est formée, Panta Rhei ballotte sur la houle. L'inconfort sera de courte durée, car le vent (du nord) augmente assez vite jusqu'à 10-15 noeuds et la houle, devenue quasi imperceptible grâce à la vitesse, nous pousse vers le sud. L'allure est stable, on avance à 7-8 noeuds de moyenne et le soleil se lève jeudi matin dans un ciel d'un bleu parfait. Magnifique...

Jeudi 22 à 13 heures, soit 26 heures après notre départ de Charleston, nous jetons l'ancre devant Fernandina Beach, première halte en Floride. Le paysage hérissé d'usines est assez déconcertant et la ville, hormis sa particularité de ville américaine ayant  changé le plus souvent de nationalité depuis le milieu du XVIème siècle (qui lui vaut le surnom de "Eight Flags Isle"), ne présente que peu d'intérêt. Mais nous avons le plaisir de retrouver ici le bateau Manao, rencontré par l'entremise de Pingouin juste avant notre départ de Charleston, et de partager avec une partie de l'équipage belgo-américain un pumpkin pie dans la plus pure tradition de Thanksgiving (qui suppose aussi, comme nous l'avons découvert avec amusement, que ce jour-là plus que n'importe quel autre, tout le monde se sourit et se salue dans la rue)...

Pendant deux jours, nous séjournons devant la belle Cumberland Island, à 5 milles de Fernandina (techniquement, en Géorgie). Réserve naturelle, l'île est partagée entre marais salins, forêts de chênes couverts de mousse, sentiers de sable et grande plage battue par le vent de l'Atlantique. Nous revenons bredouille de notre expédition dents de requins fossilisées, mais absolument enchantés par la beauté de cette nature sauvage, par la découverte sur la plage d'un véritable cimetière de limules (très étrange animal inchangé depuis la Préhistoire, croisement improbable entre scarabée géant et espadon), par un pique-nique savouré au soleil dans le jardin de Dungeness, l'ancienne résidence de la famille Carnegie détruite dans les flammes à la fin des années 50, et par la rencontre en chemin de dizaines de chevaux vivant en liberté sur l'île.

Samedi 24, 7h30, nous reprenons notre descente vers le sud, direction Cape Canaveral. Le vent tombe  vers midi et l'après-midi se passe au moteur, jusqu'à ce que le vent augmente avec la tombée de la nuit. Les voiles en ciseaux, nous filons enfin à bonne vitesse et atteignons notre destination vers 13 heures le lendemain, après avoir passé - avec un groupe de dauphins ! - un pont (ouvrant) puis.. une écluse, la première du voyage! Ici encore, nous sommes quelque peu déconcertés par l'atmosphère désolée de cette espèce de lagon industriel et notre promenade à terre, entre hangars et parkings déserts, n'est pas très concluante - sauf pour l'apparition, au milieu de nulle part, d'un bar d'où provient de la (bonne!) musique live.

Nous sommes seuls au mouillage et nous interrogeons sur la façon de "meubler" les trois jours que nous avons prévu de passer ici jusqu'à la prochaine fenêtre météo favorable, dès que lors que nous avons renoncé à la visite du Kennedy Space Center, hors de prix, et que le lancement accessible au public d'un satellite prévu le 27 a été reporté sine die... C'était sans savoir que, dès le lendemain matin, nous aurions le plaisir de voir jeter l'ancre juste à côté de nous Michaël, Chantal et leur fils Arthur (9 ans) sur leur bateau Cajou. Partis comme nous il y a un an et demi, ils sont belges mais battent le pavillon français car ils vivent à Uzès (of all places, à dix minutes de Collias dans le Gard de mon enfance) où ils projettent de retourner l'été prochain. L'entente entre les trois garçons est immédiate et très forte. Nous décidons de louer ensemble une voiture et d'aller visiter Saint Augustine, à quelques 200 kilomètres au nord. Fondée par les Espagnols en 1565, Saint Augustine est la plus ancienne ville des Etats-Unis. Comme beaucoup d'autres villes, elle a subi les assauts des Français et des Anglais, mais jusqu'au milieu du XIXème siècle elle est restée principalement espagnole. Et aujourd'hui encore, en plissant (fort) les yeux, on pourrait ici ou là se croire en Andalousie... La journée est belle et bonne, et nous sommes tous heureux de cette rencontre. Nous poursuivons le soir avec un dîner sur Panta Rhei, également en compagnie d'Ortemi fraîchement arrivé, et, comble du bonheur et de l'excitation pour Luca, Arthur reste dormir chez nous.

Le lendemain, mercredi 28, nous sommes contraints de quitter tout le monde pour profiter d'un bon vent  du nord qui nous permettra de descendre (facilement?) les 150 milles qui nous séparent de Fort Lauderdale, tandis que Cajou et Ortemi filent sur les Bahamas. Nous reverrons peut-être Cajou quelque part au sud de Cuba dans deux ou trois mois, mais nous ne croiserons vraisemblablement plus la route de Mirko, Tea et Aurélien, car leur programme de navigation est trop différent du nôtre. C'est avec émotion que nous nous regardons partir pour la dernière fois, après plus d'un an de compagnonnage de Gibraltar à la Floride en passant par les Antilles, les Bermudes, New York, le Cape Cod et Washington... Bon vent les amis, vous restez en pensées près de nous mais continuez à nous donner des nouvelles. Soyez heureux, et à bientôt, qui sait, peut-être à Cully?

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South Carolina: Charleston 5 - 20 novembre

Nous jetons l'ancre pour la durée de notre séjour à Charleston dans la Ashley River, à l'extérieur du Megadock de la City Marina. Avec un nom pareil, ce n'est qu'une demi-surprise: pas question, même contre rétribution, de se faire octroyer l'accès au moindre service lorsque l'on n'est pas résident de la marina - où la nuit coûte le prix d'un hôtel quatre étoiles. Décidée à ne pas me laisser faire, je parviens malgré tout, moyennant oeil de biche et sourire poli, à obtenir le code d'accès au wifi et une ruse pour utiliser les douches. Et toc.

Grâce à quoi, le lendemain de notre arrivée, nous avons pu suivre en temps réel depuis le carré de Panta Rhei le dénouement d'une campagne électorale qui aura tenu les Américains en haleine pendant de très longs mois. Le suspense est intense au début mais il apparaît assez vite qu'Obama sera réélu avec une avance confortable sur le perplexifiant Romney. Ouf.

Avant qu'Adrian ne nous quitte, nous passons ensemble quelques journées fort agréables à flâner dans le quartier historique de Charleston, en savourant les signes de notre arrivée dans la moitié sud de la côte est américaine: chaleur, palmiers, lauriers roses et accent caractéristique des indigènes...

Le 11 novembre, ce qui devait arriver arrive, Adrian reprend un avion pour Washington. Nous avons vécu, pendant ce séjour avec lui, une telle variété de moments, de paysages et d'atmosphères que l'on a du mal à croire que ce furent dix jours seulement... Heureusement, nous pouvons nous consoler de son départ avec nos cinq camarades de Pingouin, arrivés entretemps après une traversée du Cape Fear aussi remuante que la nôtre quelques jours auparavant. Nous fêtons joyeusement l'anniversaire de Caroline, Ortemi arrive et j'emmène les six enfants au Musée des Enfants - jusque là tout va bien sous un soleil qui nous fait anticiper les joies des tropiques.

Mais peu de temps après, le climat bascule brusquement et le temps redevient glacial et pluvieux. Pendant trois à quatre jours d'affilée, il n'est pratiquement pas question de mettre le nez dehors - et je mesure enfin l'utilité du chauffage à bord (-"Mais enfin Marc, rassure-moi, on est parti pour suivre le soleil, on n'aura pas besoin de chauffage!" - "On ne sait jamais". Comme il avait raison...)! Par ailleurs, les marées et le courant sont très forts. Aussi, plusieurs fois par jour, les bateaux de plus en plus nombreux au mouillage tournent autour de leur ancre de façon chaotique, ce qui nous vaut de devoir "déménager" à maintes reprises.

C'est donc après un temps qui nous a semblé beaucoup trop long, et après avoir remouillé l'ancre une bonne dizaine de fois, que nous reprenons enfin la mer à la faveur d'une bonne fenêtre météo pour descendre en Floride...


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mercredi 14 novembre 2012

Rounding Cape Hatteras: Virginia, North Carolina, South Carolina: 1-5 novembre

Jeudi 1er novembre, nous quittons Washington pour retrouver Panta Rhei à Deltaville, emmenant Adrian avec nous: avide d'aventure, il a décidé de nous accompagner autour du cap Hatteras dont la réputation est telle que la très grande majorité des marins, quand leur embarcation le leur permet, décide de le passer par l'intérieur, soit par les Intracoastal Waterways (qui, d'un bout à l'autre, relient le New Jersey à la Floride)...

La navigation sur les canaux est belle paraît-il, quoique rallongée par les courbes et détours des voies d'eau et ralentie par l'impossibilité d'y avancer à la voile, et nous y aurions volontiers goûté un peu avec nos amis de Pingouin et Ortemi. Hélas, cette option ne s'offre pas à nous: dessus et dessous, les mensurations de Panta Rhei sont telles qu'elle talonnerait souvent le fond et ne passerait pas les nombreux pont fixes qui jalonnent le parcours.

Mentalement prêts à reprendre la "grande mer" et encouragés par une fenêtre météo plutôt favorable pour le weekend, nous remettons donc le bateau à l'eau en milieu d'après-midi et levons l'ancre dès le lendemain matin, 2 novembre, pour Norfolk, porte de sortie du Chesapeake vers l'Atlantique. Malgré le froid, nous partons tout sourire pour ce qui doit être une petite journée de voile jusqu'à la pointe sud de la baie - en d'autres termes, une promenade dominicale à côté de ce qui nous attend sans doute au large d'Hatteras.

Seulement, le vent qui souffle à l'extérieur crée un sale clapot qui rend la navigation assez inconfortable. Marc, Luca, Vadim et moi, malgré le peu de milles parcourus ce dernier mois, avons acquis une certaine habitude de ce genre de conditions (qui ne les rendent pas moins désagréables, mais peut-être un peu plus supportables - "le prix à payer pour les Tropiques", affirme Marc dans une tentative hasardeuse de nous apaiser tous). Adrian, lui, se demande certainement ce qui lui a pris d'embarquer avec nous mais, beau joueur, il revient au bateau après une douche salvatrice dans la marina de Norfolk plutôt que de s'enfuir par la porte de derrière...

Samedi 3 novembre. Début de notre traversée en famille la plus longue depuis Gibraltar-Tenerife il y a tout juste un an: Norfolk-Charleston, 400 milles, soit trois jours et deux (pas trois, si tout va bien) nuits en mer. La première journée est belle, froide mais ensoleillée, l'allure est parfaite et avec un bon vent arrière, la houle est presque imperceptible. Jusqu'ici, tout va bien... La présence d'Adrian est un incontestable plus: attentif, aidant, flexible, il est pour les enfants un professeur strict mais efficace à l'heure de la classe et un partenaire de jeux inépuisable, et pour nous tous un compagnon de route idéal. Quand la nuit tombe, les conditions sont toujours belles et nous passons au large du cap Hatteras sous un ciel plein d'étoiles. Ouf - ça, c'est fait...

Le lendemain matin, il fait chaud! Peu après que nous nous soyons régalés de la visite d'un grand groupe de dauphins, nous découvrons que nous avons à bord un cinquième passager, vraisemblablement embarqué à Norfolk et planqué sur le pont depuis 24 heures: un petit oiseau, dont nos faibles connaissances en ornithologie nous permettent de penser qu'il vit normalement sur les plages et non à quarante milles des côtes... Il est baptisé Alec ("parce que ça rime avec long bec") et fait la joie des enfants qui suivent de très près ses allers et venues dans le cockpit. Après quelques heures de ces réjouissances animales, les conditions se dégradent: s'il fait chaud, c'est parce que le vent a tourné au sud, soit face à nous, et nous commençons une longue lutte au près serré contre les vagues, avançant péniblement à 3-4 noeuds. Les prévisions météo consultées avant le départ nous avaient préparés à cette bascule de vent temporaire, aussi nous prenons notre mal en patience et attendons un nouveau renversement qui tarde à venir. Quand, enfin, le vent repasse au nord-nord est, nous sommes au large du cap Fear (c'était donc de celui-là qu'il fallait se méfier, on aurait du s'en douter) et le courant combiné à la mer dans le sens contraire du vent lève une houle dans laquelle l'étrave de Panta Rhei vient frapper violemment. Le pont est régulièrement aspergé d'eau et tout le monde est muet, rassemblant ses forces pour ne pas quitter l'horizon des yeux - même Alec n'a pas l'air dans son assiette. L'après-midi se passe comme ça, interminable, et à la tombée de cette deuxième nuit en mer, des orages viennent ajouter encore au folklore: après quelques zigzags dans l'espoir de ralentir pour laisser passer le mauvais temps, nous n'avons plus le choix que de nous diriger droit vers un ciel zébré d'éclairs. Rapidement, ils sont tout autour de nous. Comme rien n'angoisse plus Marc en mer que les orages, il somme Adrian et moi (les enfants dorment, les bienheureux) de rentrer à l'intérieur du bateau et de ne pas en sortir, tandis qu'il se permet une demi-heure de sommeil assis dans le carré, en tenue complète de quart, agrippé à la lampe de poche et avec sous la main le kit "plan B" au cas où Panta Rhei serait frappée par la foudre: allumettes pour la lampe à huile, ordinateur portable pour GPS de secours, extincteur. Rassurant...

Lundi 5. Deuxième lever de soleil, troisième jour en mer: nous avons échappé à la foudre, la mer a -enfin!- basculé dans le sens du vent pour nous pousser au lieu de nous faire face, et le ciel se dégage. La navigation a repris une allure tout fait confortable, Luca et Vadim jouent gaiement à l'intérieur et nous avançons vite, bercés par la voix et la musique de Jupiter dans un cockpit à nouveau accueillant. La journée semble un peu longue car la fatigue de ces deux courtes nuits commence à peser, mais l'humeur à bord est gaie et c'est avec un enthousiasme à la mesure de l'aventure vécue que nous jetons l'ancre, vers 20h30, dans la Ashley River à l'ouest de la péninsule de Charleston, en Caroline du Sud - peu après qu'Alec, ragaillardi par la proximité de la côte, se soit enfin envolé...

Pendant ces trois jours de mer, dont la moitié fut vraiment difficile, pas une fois les enfants ne se sont plaints. Ni de nausée, ni d'ennui, ni de froid, ni de peur, ni de chamailleries. Voilà qu'une fois encore, face à l'adversité, ces deux petits bonshommes nous ont beaucoup impressionnés - et rendus fiers, osons le mot.

Quant à Adrian, qui a vécu là une expérience certainement mémorable (avec toutes les nuances que cela sous-entend...), nous lui redisons encore une fois notre affection, notre gratitude, notre admiration et notre vif souhait de le revoir à bord sous d'autres latitudes!


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